Le deal
Quatre sociologues ont infiltré le milieu des fumeurs dans 3 cités de la banlieue parisienne pendant 2 ans. Seule enquête réalisée sur le terrain le rapport L'usage dur des drogues douces (MILDT/MESR, 1995/1997) fait le point sur cette micro économie souterraine ...
Pourquoi vend-on du shit, quelle est la nature des rapports entre consommation et vente, entre fumeurs et dealers ? Voilà le genre de questions que les 4 taupes scientifiques ont tenté d'élucider...
La réponse à la première question est simple : on vend du shit pour se payer sa conso, parce qu'on fait partie d'un réseau social de fumeurs ou pour gagner du fric parce que la demande est importante. Les 2 premières raisons répondent à une logique que les sociologues ont appelé "logique de proximité", la troisième plus évidente est la "logique de gain". Parfois, ça se complique et les 2 logiques s'interpénètrent.
La logique de gain prédomine dans les grosses cités. Plusieurs dealers se partagent le territoire et une grosse clientèle issue de la cité elle-même ou bien de l'extérieur. Elle rapporte gros au dealer qui peut paradoxalement vendre son shit plus cher (alors que la logique voudrait que le nombre de vendeurs cassent les prix...) parce qu'il ne s'embarrasse pas de rapports "amicaux" avec ses clients et ne cherche jamais à les fidéliser (il n'en a pas besoin car la demande est très importante). La concurrence entre vendeurs l'oblige à toujours avoir un shit de très bonne qualité et sachant que plus la qualité est élevée et moins le prix est négociable, il peut vendre ses barrettes très cher. Le dealer typique ne fume d'ailleurs pas. Le shit est pour lui une marchandise comme une autre destinée à lui faire gagner de l'argent. Mais cette facilité de profit est contrebalancée par de gros risques. Le nombre de dealers au mètre carré et l'afflux d'étrangers dans la cité attire les forces de l'ordre et il a plus de grandes chances de se faire arrêter.
Les rapports sont très différents entre dealers et clients dans la vente dite de proximité qui a cours dans les cités plus petites où tout le monde se connaît et où les rares clients qui viennent de l'extérieur sont quasiment toujours introduits par un fumeur de la bande. C'est un pote, un cousin... Bref, il bénéficie des rapports quotidiens de celui qui le "chaperonne" avec le dealer du groupe. Dealer et "clients" fument ensemble, ils sont potes la plupart du temps. C'est plus la recherche d'un statut social qui est en jeu que l'appât du gain, même si bien sûr, le dealer de proximité compte arrondir ses fins de mois. Le terme de statut social sous-entend une hiérarchie et une notion de respectabilité. Il est celui qui permet au(x) groupe(s) de fonctionner puisque c'est autour de lui et de ce qu'il a dans les poches que s'articule la vie sociale du/des groupes.
Les avantages par rapport au deal anonyme :
- pour le consommateur : Si la barrette convient pas, on lui en coupe une sur mesure, il peut goûter avant, choisir parmi les barrettes proposées, il peut aussi prétendre à une dépannage en cas de pénurie financière et sa constance est parfois récompensée par des petits cadeaux (1 ou 2 pétards en plus, voire plus s'il ramène un nouveau client).
- pour le dealer : il sait de quoi il a besoin et combien il peut écouler. Il peut ainsi assurer le roulement du produit et compter sur une rentrée rapide d'argent, il limite les risques avec une clientèle fidèle en réduisant les plans trop hasardeux.
Un dealer de proximité peut malgré tout voir ses clients aller ailleurs pendant un moment s'il n'a pas de bon shit. Mais la recherche d'un bon plan prend du temps, il faut prendre contact avec un nouveau dealer, il faut repasser plusieurs fois pour le trouver etc. C'est pour ça que certains préfèrent fumer le shit de la cité, quitte à ce qu'il soit de moins bonne qualité. Dans ce cas, ils sont dédommagés par une baisse du prix.
Intermédiaires...
Les petits revendeurs sont présents dans les 2 sortes de deal analysés plus haut : le dealer avance le shit et lui dit combien il doit lui rapporter. A lui de se débrouiller à faire sa marge en argent, moins souvent en shit (sachant que la plupart des revendeurs sont plus jeunes et ne fument pas). La réputation et les réseaux de connaissances sont déterminants dans le choix du revendeur. Il faut que le revendeur ait un autre réseau (soit spatial, soit générationnel, par exemple une tranche d'âge inférieure à celle du gros dealer) que le dealer sinon ça n'a aucun intérêt pour lui et il risquerait de voir ces nouveaux segments de vente devenir autonomes, créant lui même sa propre concurrence !!!
Au final, ces deux formes de deal présentent les mêmes différences qu'entre acheter au supermarché et chez le boulanger que tu vois tous les jours...
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tasante.com le 17/06/2003

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