Se faire mal ; pourquoi ?
17 ans, envie de crier, mais ne trouvant pas les mots, Sophie s'est tailladé les avants bras, pas pour mettre fin à ses jours, mais pour que la douleur vienne apaiser sa colère.
tasanté.com, le 02/02/2005
Pourquoi certaines d'entre nous en viennent à se faire souffrir ? Peut-être y as tu pensé, peut-être l'as tu fait, peut-être qu'une de tes copines est concernée.
Que faut-il faire pour sortir de ce cercle vicieux ? Nous en avons discuté, avec Philippe Jeammet, Professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent.
« Un échec et un besoin de la relation »
Pour Philippe Jeammet, la situation la plus typique, c'est celle de l'adolescente qui est dépendante affectivement de son entourage, mais qui en même temps ne supporte plus que ses parents s'occupent d'elle comme une petite fille. Psychologiquement, ces filles ont en même temps un grand désir de réussir, beaucoup d'ambition, mais une mauvaise estime d'elle-même. Souvent, elles ne s'aiment pas.
Face à une insatisfaction qui ne va pas arriver à sortir, elles peuvent alors avoir tendance à s'isoler, à s'enfermer et, au bout d'un moment, à se taillader les avant-bras ou s'infliger des brûlures de cigarette. Ce comportement est assez souvent associé à des troubles de l'alimentation, comme la boulimie. Paradoxalement, la douleur que l'on tourne contre soi a
quelque chose de rassurant, on se sent un certain pouvoir, on n'a pas besoin des autres et on a l'illusion d'avoir choisi soi-même.
« Le retournement contre soi d'une envie et d'un désir blessés »
La douleur n'est pas recherchée pour elle-même, la personne n'est masochiste, elle n'est pas suicidaire non-plus, bien que des fois cela puisse précéder une tentative de suicide. La douleur est recherchée parce qu''elle permet de retrouver ses limites. Un peu comme une gifle que l'on s'inflige pour retrouver ses esprits. Si l'on veut bien comprendre, il faut se
dire, qu'à une toute petite échelle, le fait de se ronger les ongles relève de la même problématique. Tandis que la tentative de suicide traduit clairement l'envie d'en finir avec la vie, l'auto-mutilation est un essai non pas pour supprimer le problème, mais pour l'éviter.
Au fond la douleur est plus intérieure qu'extérieure, Philippe Jeammet observe que cela vient à la place d'un cri qu'elles auraient envie de lancer, d'une colère et il précise qu'il y a toujours une déception, mais que parfois la déception est perçue comme plus douloureuse que la douleur physique.
La suite : comment faire pour s'en sortir

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