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L'anthrax

L'anthrax désigne, aux États-Unis, ce que nous appelons en France la maladie du charbon.

Cette affection, connue de très longue date, est due à une bactérie appelée Bacillus anthracis (1), très fragile, mais qui produit des spores, fines particules microscopiques (la fameuse "poudre blanche"), très résistantes à la chaleur, à l'action du soleil, à la plupart des désinfectants et au vieillissement (elles peuvent survivre plusieurs années dans le sol et plusieurs semaines dans un local).

La maladie du charbon s'observe classiquement chez les animaux herbivores, tout particulièrement les moutons, surtout dans les pays en voie de développement. L'homme se contamine alors par contact avec les animaux infectés ou en respirant des spores (qui ont pu contaminer la terre). On n'a jamais décrit de contamination inter-humaine, c'est-à-dire contamination d'un homme sain au contact d'un homme malade (comme pour la grippe ).
95 % des cas humains habituels sont des formes cutanées (bénignes), et 5 % des formes pulmonaires (graves et souvent mortelles en l'absence de traitement antibiotique très précoce). L'atteinte digestive est rare. La forme pulmonaire, due à l'inhalation de spores, commence comme un rhume, voire une grippe puis évolue vers des troubles respiratoires graves : le patient devient cyanosé (bleu) et peut tomber dans le coma. La durée de l'incubation est de 3 à 5 jours, mais dans les formes pulmonaires des délais de 30, voire de 60 jours, sont parfois observés. Dans l'organisme, la bactérie libère des toxines fatales pour l'homme si l'organisme n'est pas traité à temps.

Détectées pour la première fois le 4 octobre en Floride, puis à New York, dans le New Jersey et à Washington, les bactéries analysées appartiennent à la même souche. Ceci est démontré par l'identification de leurs gènes, qui permet d'établir une véritable carte d'identité. Les germes actuellement en cause sont peu virulents. La crainte est qu'une souche plus contagieuse ou résistante aux antibiotiques soit sélectionnée par mutation (c'est une recherche faite dans le cadre de programmes de recherches militaires sur la guerre bactériologique).

Les personnes qui contractent la maladie sont traitées par des antibiotiques. Le bacille du charbon est habituellement sensible à une large gamme d'antibiotiques, notamment dérivés de la pénicilline. Le traitement est efficace, même en cas de forme pulmonaire, s'il est débuté très précocement (les personnes ayant été en contact avec la poudre blanche, c'est-à-dire les spores, et chez qui est identifié la présence du germe lors de prélèvement bactériologique – notamment prélèvement nasal).

Aux États-Unis, nombres de personnes ont fait des achats et des stocks "de sécurité" d'antibiotiques, ou ont commencé à en prendre à titre "préventif". Ceci est une erreur et ne sert à rien (sauf à s'exposer au risque de la prise d'antibiotiques à long terme (2)).

Un vaccin existe, mais il n'est pas efficace à 100 % et peut présenter quelques inconvénients. Pour l'instant, il n'est indiqué que chez les militaires susceptibles d'être exposés à un risque de contamination, chez les personnes travaillant à étudier ce germe en laboratoire et chez les personnels susceptibles de manipuler des animaux infectés. S'il est commercialisé en petites quantités aux USA, il ne l'est pas en France, où il n'y a pas lieu, pour l'instant, d'être inquiet, la dissémination de spores ne semblant pas avoir eu lieu. Il faut néanmoins rester vigilant. En cas de contact suspect avec une poudre blanche, il convient de consulter immédiatement un médecin (tous les médecins ont reçu des informations précises de la part du Ministère de la Santé leur rappelant la conduite à tenir en cas d'infection).

(1) Anthracis : son nom (charbon) vient de l'aspect des lésions cutanées, recouverte d'une croûte noirâtre ressemblant au charbon.
(2) Au nombre des dangers engendrés par cet engouement figurent des effets secondaires indésirables (en particulier allergies), le risque de gaspiller des réserves de médicaments stratégiques contre le bioterrorisme, et, pour le pire, la résistance des germes qui laisserait les médecins désarmés.

Francis Pradeau - Médecin des hôpitaux le 25/10/2001

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