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Docteur Damade, le médecin de la fumette

Il travaille au GRICA (Groupement de Recherche et d'Intervention sur les Conduites Addictives) et reçoit tous les jours de jeunes fumeurs de bédo...

Pourquoi tu fumes ? Fais le test ???

Le GRICA, c’est quoi ?
C’est avant tout un centre de documentation, de prévention et surtout d’écoute et de parole libre. On peut venir parler à un psy gratuitement, sans formalité administrative tous les jours quel que soit son problème. Nous travaillons en équipe. Nous sommes 8 dont 1 psychiatre - moi-même ;-), 2 psychologues, une éducatrice et 1 documentaliste. Nous ne sommes pas un lieu de soin, les ados ne veulent pas se faire soigner. La notion de soin, soit ça leur fait peur, soit ils ne se sentent pas concernés, et pour ce qui est du cannabis, ils ont raison la plupart du temps…

Comment est-ce qu’on arrive au GRICA ?
Certains viennent d’eux même sur les conseils d’un copain qui, la plupart du temps, est passé nous voir quelques mois avant, d’autres sont « envoyés » par leurs parents, profs, infirmière scolaire etc… Mais quelle que soit la personne qui leur a donné notre adresse, ils arrivent tous en disant « je viens vous voir parce qu’il paraît que j’ai un problème mais moi je vois pas lequel » ;-) Et pourtant ils sont là… Mais c’est normal finalement, c’est contraire à la dynamique de l’adolescent de demander de l’aide et surtout à un adulte, cette tierce personne les dédouane en quelque sorte de ce besoin d’aide.

Quand considérez-vous qu’un ado à un problème avec le cannabis ? Dès qu’il en fume ???
Non… On peut considérer que fumer du cannabis est un problème dès qu’on a des soucis avec son environnement, c’est à dire en général quand on vous le fait remarquer. Ça va de la simple réflexion, « tu as toujours une mine de déterré » ou bien « t’es mou, tu fais plus rien de ta vie » au reproche parental, voire la punition « tu fumes du cannabis, très bien ! Tu ne sors plus d’ici jusqu’à nouvel ordre »… ça peut être une baisse significative du niveau scolaire, le fait d’être complètement scotché en cours, ou bien sûr une convocation au commissariat. Bref, dès qu’il y a conflit plus ou moins ouvert ou juste reproche, il y a problème, car on ne peut pas vivre et s’épanouir dans ce schéma.

Qui fume et pourquoi ?
J’ai repéré environ 3 types de fumeurs, bien que la généralisation soit un peu simpliste car nous intervenons au cas par cas. Le plus courant, c’est le jeune qui fume avec ses copains pour faire la fête et aussi parce que c’est une transgression du monde adulte. Le second, c’est le fumeur chronique pour qui le cannabis est utilisé comme automédication. « Je fume pour supporter ci ou ça ». Le troisième, beaucoup plus rare, est le fumeur chronique pour lequel le cannabis peut être révélateur de troubles mentaux. Là, il y a en général un terrain dépressif ou psychotique. On ne peut pas assurer que sans cannabis la crise psychotique n’aurait pas eu lieu, mais ce qui est sûr c’est que le cannabis la provoque et la renforce. Et là, il y a nécessité d’une prise en charge psychiatrique.

Et vous intervenez comment avec des petits fumeurs ?
Nous parlons. La première question que je pose c’est bien sûr « pourquoi tu fumes ». Ce n’est pas tant pour la réponse, à la limite on s’en fiche un peu, mais il faut que le fumeur réalise la place que prend le cannabis dans sa vie, quel rôle il joue. En cas de consommation occasionnelle, le cannabis a une fonction représentative et identitaire au sein d’un groupe, c’est un moyen de reconnaissance. Dans ce cas là, il faut juste mettre les choses au point avec le jeune fumeur et les parents. Une punition trop forte et souvent décalée par rapport à la faute peut donner l’envie au jeune de fumer encore plus, donc j’explique aux parents pourquoi et dans quel cadre leur enfant fume pour qu’ils adaptent leur comportement et qu’ils se rassurent. Il ne s’agit pas non plus d’avoir un discours laxiste mais de faire la part des choses entre le drogué et le délinquant et leur gamin qui fumouille avec ses potes le samedi après midi. Leurs enfants vivent ça plus comme un conflit de génération – ils répètent souvent « et vous, vous prenez bien l’apéro ! » - plus que comme la transgression d’un interdit de la loi. Ils jouent avec les limites des adultes, ce qui est bien l’apanage de l’adolescence ;-) Là où ça peut être plus embêtant, c’est que les plus petit ne savent même pas que c’est interdit ! Un jour ils reçoivent une convocation au poste de police et ils tombent des nues. Ils sont persuadés que le débat sur la légalisation a eu lieu il y a des années ! Voilà, en général dans ce cas là, un entretien suffit à recadrer les choses.

Et pour les cas plus lourds ?
Quelqu’un qui fume tous les jours, qui fume plutôt des bangs que des pétards, qui fume seul, qui dort mal ou ne peut dormir que cassé etc. a en général un mal être qu’il « soigne » en fumant. J’entends souvent dans ces cas là des choses comme « je peux pas rentrer chez moi si j’ai pas passé au moins 2 ou 3 douilles, l’idée de retrouver les parents qui vont encore gueuler toute la soirée je supporte plus » ou alors « en cours je m’ennuie, je suis pas à ma place, pour supporter, je fume et là ça passe plus vite » etc. C’est une fuite et aussi une quête de mieux être. La réponse à donner n’est donc pas la même. Il faut éclaircir le problème de fond : il peut être familial, scolaire, ou psychologique (dépression). Le cannabis est un très mauvais anti-dépresseur. Il ne soigne pas la dépression mais enlève la douleur, le sujet reste donc subdépressif et tourne en rond… La première prise de contact sert donc à lui faire prendre conscience de ce problème de fond… Il se démystifie à lui-même. Une fois qu’il a conscience du problème, il est déjà soulagé et souvent demande un autre RDV. Pour les cas vraiment pathologiques que j’ai mentionnés plus haut, un suivi psychiatrique s’impose. Mais nous n’avons pas le droit de le faire au centre. Il faut donc les envoyer chez un psy en ville, chez qui il y a souvent des mois d’attente… On se bat avec l’administration depuis des années pour que ça change…

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33000 Bordeaux
05 56 44 50 99

tasante.com le 11/07/2003

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