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Il a pété les plombs, est-il schizo ?

On parle beaucoup de la schizophrénie mais sais-tu vraiment ce qu'est cette maladie mentale ? Comment on reconnait un schizo ? Est-ce que si tu te mets à délirer méchamment ça veut dire que t'es schizo ? Quel lien avec le cannabis, le LSD...

Les parents de Jean-Pierre, 21 ans appellent le SAMU. Leur fils est fou furieux. Quand le médecin arrive, il voit un jeune homme qui hurle que les services secrets russes et américains le surveillent, qu'ils veulent le tuer, et que d'ailleurs, Chirac aussi lui en veut. C'est un délire évident, auquel s'ajoutent encore d'autres idées tout aussi délirantes : « de toutes manières, je suis tout pourri à l'intérieur, je me désagrège... » Jean-Pierre est schizophrène depuis son adolescence, et cette crise ressemble à la première qui a inauguré sa maladie. Il faudra 4 pompiers et un médecin pour réussir à le maîtriser.

La schizophrénie est une maladie mentale. Elle atteint 1 % des êtres humains, quelle que soit leur culture, leur lieu d'habitation... Elle peut débuter par un délire brutal, complètement incompréhensible pour l'entourage.
Ce délire aigu peut comprend par exemple :
- Des hallucinations auditives (j'entends des voix), visuelles (je vois des choses qui n'existent pas) ;
- Des interprétations, intuitions complètement aberrantes comme un délire de persécution.
- Une instabilité de l'humeur : la personne se met en colère brusquement sans raison apparente, ou devient triste ou joyeuse...
- Une sensation de dépersonnalisation...

50 % de ces délires vont aboutir à une maladie mentale chronique comme la schizophrénie. Dans les autres cas, soit le délire correspond à une crise et ne se reproduira pas, soit il y aura un nouvel épisode délirant un jour ou l'autre, la personne étant normale entre ces épisodes. Une telle crise nécessite toujours un séjour en psychiatrie de plusieurs semaines.

Cette maladie est en partie génétique. Mais il existe aussi des causes liées à l'environnement. En effet, si 1% de la population mondiale est atteinte par cette maladie, la schizophrénie augmente beaucoup avec la consommation de cannabis. En effet, une étude portant sur 50000 suédois montre que ceux qui consomment du cannabis 1 fois par semaine sur une période de cinq ans ont un risque de schizophrénie situé entre 6 à 6,7%, soit 6 à 6,7 fois plus que la population générale. La conclusion officielle* est la suivante : « Les études récentes convergent pour insister sur le rôle probable du cannabis dans l'émergence de troubles psychotiques pouvant évoluer jusqu'à une schizophrénie chez les sujets vulnérables. Le risque est proportionnel à l'augmentation de la consommation, même sans aller forcément jusqu'à un usage intensif ou une dépendance. Il est vraisemblable que l'ecstasy présente des risques similaires. »

D'autres substances qui agissent sur le cerveau peuvent en effet avoir des effets similaires, provoquant des délires aigus et allant probablement jusqu'à faire émerger des troubles schizophréniques : l'ecstasy et le LSD... En voici un exemple : un jeune homme ayant pris du LSD (il est consommateur occasionnel) entre dans un délire : il se prend pour une grenouille, et sort se promener entièrement nu dans la rue. Il cherche un robinet pour s'arroser d'eau, car une grenouille, ça a toujours besoin d'être humide ! Il finit par se faire embarquer par les pompiers jusqu'à l'hôpital psychiatrique. Cet épisode dure plusieurs jours et, heureusement, tout finit par rentrer dans l'ordre. Le jeune homme gardera un souvenir absolument atroce de cet épisode, car, si une partie de lui se prenait pour une grenouille, une autre partie de lui observait cela avec stupéfaction. Et il a vécu une angoisse abominable pendant ses quelques jours, en se demandant s'il allait redevenir normal ! Il n'a plus jamais repris de LSD, et n'a pour l'instant pas fait de nouvelle crise.

Un conseil donc : si vous voulez préserver votre cerveau, évitez les substances susceptibles de l'endommager : c'est votre bien le plus précieux !

*Conférence de consensus organisée par la Fédération Française de Psychiatrie selon la méthodologie de l'ANAES avec le soutien de la Direction Générale de la Santé 23 et 24 janvier 2003

Dr Catherine Solano, Médecin généraliste. le 23/03/2005

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