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La police humanitaire

De 6h30 à 23h00, une brigade de police un peu spéciale "maraude" sur Paris. 60 policiers en uniforme se relaient pour accomplir une mission humanitaire : proposer un hébergement aux 10 à 12 000 sans-abris qui vivent, ou survivent, en région parisienne.

Tasanté est allé voir ces policiers...
Direction une immense caserne située au nord de Paris. Il n'est que 16h30, mais les premiers cars se remplissent pour partir vers le foyer d'hébergement de Nanterre. Avec les premières nuits en dessous de zéro, il n'y a pas de temps à perdre, la brigade doit mettre le plus grand nombre de personnes à l'abri. Il y a des jeunes, des vieux, des qui ont l'air bien portant, d'autres l'air complètement exténué. Que des hommes, aucune femme à l'horizon. Cela ressemble à une évacuation où tout se passe en silence et dans le calme.

Proposer, ne pas imposer
Mais, chez les SDF, il n'y a pas que ceux qui viennent spontanément attendre le car. Trop facile... Il y a tous ceux, trop cassés, qui ne se déplacent plus, ceux qui s'en foutent, ceux qui sont trop loin, ceux qui préfèrent la rue au foyer, ceux qui ont la haine, ceux qui redoutent de se trouver avec d'autres SDF et ceux qui refusent toute aide. Tous ceux là, il n'est plus question de les emmener de force. Avant 1994, il existait un délit de vagabondage et de mendicité, qui a été rayé du Code Pénal.
Maintenant il faut convaincre. Le Commandant Dorin et le Major Belda me l'expliquent d'entrée, ici il n'y a pas de répression. Jamais ils ne passent les menottes. Tout juste agiraient-ils dans l'urgence en cas de baston ou de menace directe, mais dans toutes les autres situations, la seule arme c'est le dialogue.

Des policiers d'un nouveau type ?
Sont-ils différents ces policiers ? Pour le Commandant et le Major, ce qui compte avant tout c'est la motivation et aussi une certaine sagesse. Sagesse, ils en conviennent, qui ne vient souvent qu'avec le temps et l'expérience. A la brigade, l'âge moyen se situe autour de 40 ans. Mais différents des autres policiers ? Non, ils se disent fiers d'appartenir à la Police et ont autant le sentiment de servir leur pays à aider les sans abris qu'à enquêter sur des affaires criminelles. Ils refusent de se sentir différents des autres policiers. Il est préférable d'avoir bourlingué, d'avoir roulé sa bosse, bref d'avoir un peu testé la vie avant de se spécialiser dans l'aide aux sans abris. Le Commandant a 10 ans de Police Judiciaire derrière lui, le major, lui, est resté des années dans les Renseignements Généraux.

A quoi ca sert tout ça ?
Mais est-ce vraiment une mission de police ? Les associations, le Samu-social et tous ceux qui vont au devant des sans abris ne sont ils pas mieux placés pour leur venir en aide ?
Pourtant, quand les acteurs de l'aide à la grande pauvreté se réunissent, Emmaüs, les Resto du Cœur, le Secours Populaire, le Secours Catholique et tous les autres, personne n'oublie d'inviter la brigade. Elle a sa place parce qu'elle est composée de professionnels et avec 10 ans de métier en moyenne, leur aide est précieuse. L'uniforme aide aussi à dénouer des situations délicates et puis, dans le fond, n'est-ce pas aussi, et surtout, un message que l'Etat envoie aux plus démunis : voyez, on vous a pas complètement oubliés...
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La BAPSA sur le site de la Préfecture de Police
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tasanté.com le 13/12/2005

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